_ Je ne l'ai pas vue depuis des mois. C'est fini, je vous assure.
_ Ouais. Enfin, je ne suis pas sûre que vous ayez réussi à enfoncer un pieu dans le c½ur de cette relation, rétorqua-t-elle.
_ Que voulait-elle ?
_ Vous, apparemment. Elle m'a cuisinée au téléphone, et ensuite elle est venue ici. Elle vous a laissé une lettre, ajouta-t-elle en lui tendant une enveloppe.
Nom d'un chien ! songea-t-il en buvant un peu de vin.
_ Voyons... vous avez aussi reçu des appels d' Amber, de Sarah... et de Bob. Je dois dire que j'ai été un peu surprise de découvrir qu'il vous restait du temps pour des amis hommes. Ah, et votre mère à téléphoné !
_ Ma mère ? répéta-t-il inquiet. Que lui avez-vous dit ?
_ Du calme. Je ne lui ai pas parlé du bébé. Je me suis dit que vous voudriez lui apprendre la nouvelle vous-même.
_ Alors, que lui avez-vous dit ? répéta-t-il.
_ Que je gardais la maison pendant que vous étiez à Munich. Elle à l'air très sympathique ? remarqua-t-elle en reposant le bloc.
_ Tout allait bien ?
Sandy hocha la tête.
_ Elle a dit qu'elle appelait pour avoir des nouvelles, que cela faisait longtemps que vous ne vous étiez pas parlé. Vous devriez l'appeler plus souvent, conclut-elle.
_ Je sais, soupira-t-il.
_ En fait, d'après les appels que j'ai reçus, je pense que vous devriez apprendre à mieux communiquer avec les femmes qui sont dans votre vie.
_ Sandy, je n'ai actuellement de relation avec aucune de ces femmes. Je vous le jure.
C'était vrai. Cela faisait un bout de temps qu'il n'était sorti avec personne. Depuis un moment, il avait l'impression que les complications l'emportaient sur le plaisir.
_ Pour l'instant, précisa-t-il, il n'y a que deux femmes dans ma vie : Isabelle et vous. Et j'aimerais que cela reste ainsi, conclut-il en la regardant dans les yeux.
Elle but une longue gorgée de vin, puis reposa son verre.
_ Tom, il faut que nous parlions.
En général, ces mots étaient de mauvais augure.
_ De quoi ? demanda-t-il.
Elle semblait éviter son regard délibérément.
_ Je me soucie du bien-être d' Isabelle...
_ Moi aussi.
Il avait dans sa voix quelque chose qui l'inquiéta.
_ Elle va bien ?demanda-t-il. Il ne lui ai rien arrivé ?
_ Rassurez-vous, elle va bien.
Mais Sandy semblait sérieuse, sombre, même.
_ Qu'y a-t-il ? demanda-t-il avec angoisse.
_ Elle ne pleure plus quand je la prends. Elle me sourit et me tend les bras.
Le c½ur de Tom fit un bond dans sa poitrine. Etait-ce de joie ou de peur ? Il n'aurait su le dire. En tout cas, Sandy n'avait pas la tête de quelqu'un qui annonce une bonne nouvelle.
_ C'est vrai ? demanda-t-il.
_ C'est vrai, confirma-t-elle d'un air inquiet. Tom, elle commence à s'attacher à moi.
La crainte lui noua le ventre. Il avait fait un pari, et peut-être avait-il eu tord.
_ Elle a commencé à s'attacher à vous dès la première fois qu'elle a entendue votre voix à la radio, déclara-t-il.
_ Je veux dire à s'attacher vraiment, précisa-t-elle. D'une façon qui pourrait la faire souffrir si je disparaissais de sa vie.
Ô punaise ! Il ne supporterait pas l'idée que son plan se retourne contre lui – et surtout contre Isabelle.
_ Alors, il faut que vous restiez, dit-il avec espoir.
_ J'y ai beaucoup réfléchi, répondit-elle en se tordant les doigts et en évitant toujours son regard.
_ Et ? fit-il, au comble de l'angoisse.
Elle prit une profonde inspiration. Tom retint son souffle.
_ Et moi aussi, je me suis attachée à Isabelle. Je l'adore et je ne supporte pas l'idée de la quitter. Si votre offre est toujours valable, conclut-elle après une pause, j'aimerais l'accepter.
_ Bien sûr qu'elle est toujours valable ! assura-t-il, envahi par une immense joie. C'est génial ! s'exclama-t-il en traversant la cuisine pour la prendre dans ses bras et la soulever de terre.
Sandy poussa un petit cri et se cramponna à ses épaules tandis qu'il la faisait tournoyer. Il sentit son doux parfum, ses cheveux soyeux contre son cou ; il vit ses lèvres s'ouvrir sur un éclat de rire quand il la reposa à terre. La chaleur l'envahissait par tous les points de contact avec elle : ses bras autour de son cou, son ventre contre le sien, sa poitrine contre son torse. À la façon dont elle le regardait, il devina qu'elle ressentait la même chose.
Puis elle laissa retomber ses bras et s'écarta. Au prix d'un immense effort, Tom en fit autant.
_ Il y a... hum... il y a des conditions, annonça-t-elle.
Il hocha la tête en s'efforçant d'ignorer le sang qui battait violemment à ses tempes et le souvenir brûlant de son corps contre le sien.
_ Tout ce que vous voudrez.
Elle recula encore un peu.
_ D'abord, déclara-t-elle, ma famille prend le mariage très au sérieux. Mes parents seraient anéantis s'ils apprenaient que je me suis mariée avec l'intention de divorcer tout de suite après. Je préfère leur faire croire que nous avions vraiment des sentiments l'un pour l'autre, que nous avons essayé et que cela n'a finalement pas marché. C'est donc la condition numéro un : aux yeux des autres, notre mariage doit sembler réel.
C'était assez facile. Il opina du chef.
_ Pas de problème, dit-il. Moi non plus, je n'ai pas envie d'avoir à donner trop d'explications.
_ Ce qui nous amène à la condition numéro deux, continua-t-elle. Pendant que nous serons mariés, vous devrez vous conduire comme si nous étions vraiment mariés. Je ne veux pas que vous m'humiliez en couchant avec d'autres femmes.
_ Par « me conduire comme si nous étions vraiment mariée », vous voulez dire que je ne devrai coucher qu'avec vous ?
Elle lui jeta un regard qui signifiait que ce n'était pas le moment de plaisanter.
_ C'est la condition numéro trois. Nous ne coucherons pas ensemble, déclara-t-elle fermement.
_ Pas du tout ?
_ Pas du tout.
_ Donc, je ne pourrai coucher avec personne le temps que durera le mariage ?
_ Exactement.
_ Mince alors ! Cela va ressembler à un vrai mariage, en effet.
_ Je ne plaisante pas !
_ Moi non plus. Vous pensez que je vais faire v½u d'abstinence tout ce temps ?
_ C'est à prendre ou à laisser.
Il ne voulait faire ni l'un ni l'autre.
_ Voilà ce que je vous propose : je vous promet de vous être fidèle tant que nous serions mariés. Et j'accepte de n'exercer le devoir conjugal que lorsque vous m'y inviterez.
_ Lorsque je vous inviterai ? N'y comptez pas trop.
_ On verra bien. Autre chose ?
_ Oui. La condition numéro quatre, c'est que vous vous comportiez comme un mari aimant en présence de ma famille et de mes amis.
Il se rapprocha d'elle.
_ Un mari aimant qui vous enlacera, vous embrassera dans le cou...
Elle repoussa son bras.
_ D'accord, dit-il en souriant. Je crois que je pourrai faire cela. Autre chose ?
_ Oui. Condition numéro cinq : vous serez un père aimant et présent pour Isabelle. Un enfant a besoin de deux parents. Alors, ne croyez pas que vous allez vous décharger sur moi de toutes vos responsabilités parentales. Il faut que vous acceptiez de tenir une grande place dans sa vie.
_ C'est bien mon intention.
_ Tant mieux.
_ C'est tout ?
_ Oui, répondit-elle en hochant la tête, c'est tout.
_ Donc, cela veut dire que nous sommes fiancés ?
Elle se détourna, comme si cette idée la mettait mal à l'aise.
_ J'imagine que oui, admit-elle.
_ Dans ce cas, Il faut que nous portions un autre toast, décida-t-il en leur resservant du vin. À la nouvelle maman d' Isabelle !
_ La maman d' Isabelle, répéta-t-elle, émerveillée.
Le regard embué, elle fit tinter son verre contre le sien, avant de boire.
Tom le va de nouveau son verre.
_ À Isabelle, la petite fille la plus chanceuse de la terre !
_ Ça, je n'en suis pas si sûre...
_ Moi si.
Elle vida son verre, qu'il remplit aussitôt.
_ Et j'ai gardé le meilleur pour la fin : à nous !
_ À nous ?
_ Bien sûr : nous allons nous marier.
_ Oui, mais ce ne sera pas un vrai mariage.
_ Peut-être, mais ce sera un vrai partenariat. Un partenariat parental. Cela mérite bien un toast.
Elle trinqua de nouveau avec lui avant de boire. Tom voulut la resservir, mais elle l'en empêcha en posant la main sur son verre.
_ Tous ces toasts me font tourner la tête, expliqua-t-elle, et nous avons encore beaucoup de détails à régler.
_ Exact. Par exemple, où et quand nous allons nous marier.
_ Avant d'en arriver là, il faut que nous accordions nos violons.
_ Nos violons ? répéta-t-il en haussant les sourcils, perplexe.
Elle hocha la tête.
_ Il faut que nous puissions dire comment nous nous sommes fiancés. Ma famille et mes amis voudront savoir de quelle manière vous m'avez demandée en mariage.
_ Ah oui ! Les femmes attachent de l'importance aux demandes de mariage, c'est ça ?
Il n'avait même pas pensé à cet aspect des choses.
_ Enormément, répondit-elle. Et j'ai peur de ne pas être une menteuse très convaincante.
_ Dans ce cas, je vais faire les choses comme il faut.
Il lui devait au moins cela. N'allait-elle pas passer les dix-huit prochaines années – au moins – à élever sa fille ? Il n'avait pas vraiment envisagé tout ce qui impliquait ce mariage pour Sandy : mentir à ses proches, faire de son premier mariage, l'événement dont presque toutes les femmes rêvaient, un mariage bidon.
Elle renonçait à beaucoup de choses. Alors, si elle avait envie d'une demande en mariage romantique, il allait lui en offrir une. En la matière, sa famille avait une tradition qui ferait parfaitement l'affaire. Autant s'en servir. Ce n'était pas comme s'il allait en avoir besoin une autre fois.
Il posa son verre.
_ Attendez-moi ici, dit-il. Je reviens.
C'est fini maitenant, je ne préviendrai que ceux qui laissent des commentaires aux derniers chapitres, puisque si c'est pour passer 1heure à prévenir 44 personnes qui ne donnent même pas leur avis, ou même qui ne prennent pas la peine de lire, voilà quoi =]
