xXx-5-xXx

Première partie.





.... Sandy appuya sur le bouton clignotant du téléphone sur la console de son.

_ Bonsoir, dit-elle, vous écoutez Paroles de parents. Vous êtes à l'antenne.
_ Euh... ouais. J'appelle à propos du gosse qui a mordu son copain, répondit une voix masculine à l'accent bourru.

..... Sandy se pencha sur le micro en repoussant un mèche blonde qui s'était échappée de sa queue-de-cheval.

_ Oui ? fit-elle.
_ Eh bien, les conseils que vous avez donnés à sa mère son nuls. Vous auriez du lui dire de mordre son gosse bien fort, pour lui apprendre.

..... Sandy jeta un coup d'½il inquiet à Hank Norton, son réalisateur à travers la vitre qui séparait le studio de la régie. Hank, un homme barbu et grassouillet aux cheveux grisonnants, lui répondit par un sourire d'excuse et un haussement d'épaules, comme pour dire : « Je me doutais absolument pas qu'il s'agissait d'un cinglé. »
..... Elle n'en croyait rien. Elle était certaine qu'il arrivait à Hank de sélectionner délibérément des appels de dingues pour rendre son émission de radio du dimanche soir plus animée.
..... Elle se força à adopter un ton calme et neutre pour répondre.

_ Eh bien, monsieur, les morsures sont une forme de violence, et il ne faut jamais user de violence envers les enfants.
_ Hé ! Si un gosse se conduit comme un animal, il faut le traiter comme un animal. Quand mon aîné s'est mis à mordre d'autres gamins, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce et je peux vous dire que ça l'a vite remis dans le droit chemin.

..... Sandy ravala une repartie indignée. Elle était là pour éduquer, non pour réprimander. Cela ne servirait à rien de dire à cet imbécile que les crétins dans son genre ne devraient pas se mêler d'élever des enfants. Mais elle avait beau le savoir, elle avait du mal à se retenir de lui conseiller de faire une bonne action envers la planète en se faisant castrer. Elle était même prête à lui proposer de tenir le bistouri.
..... Au lieu de quoi, elle s'obligea à lui parler respectueusement.

_ Il existe bien meilleures méthodes pour corriger le comportement d'un enfant, monsieur. Par exemple, dialoguer avec lui aurait ...
_ Dialoguer, c'est pour les poules mouillés, coupa l'homme. Moi, ce dont le mien avait besoin, c'était de la marque des dents de son père sur son bras. Et c'est ce qu'il a eu.
_ Vous l'avez mordu assez fort pour laisser des marques de dents ?
_ Evidemment. Il fallait bien lui montrer que je ne rigolais pas. Mais ne vous en faites pas : il n'a pas gardé de cicatrice.
_ J'espère bien !
_ Moi aussi, j'ai pris quelques coups de mes vieux, et je ne me porte pas plus mal.
_ Sans doute que si, malheureusement.
_ Vous êtes en train d'insulter mes parents ? demanda-t-il soupçonneux.

..... « Non, abruti, c'est toi que j'insulte ! » répliqua-t-elle in petto.

_ Je dis seulement que la violence familiale a tendance à se transmettre de génération en génération, se contenta-t-elle de rectifier.
_ Ce n'était pas de la violence, c'était de la discipline.
_ Si cela laisse des traces sur un enfant, ce sont de mauvais traitements. Et même si cela laisse pas de marque, tous les experts s'accordent à dire que les châtiments corporels sont non seulement nuisibles, mais inefficaces.
_ Pff ! fit-il, méprisant. Experts de mes... Ces imbéciles ne savent pas de quoi ils parlent. La plupart d'entre eux n'ont même pas d'enfants. Je parie que vous non plus, d'ailleurs.

..... Ces derniers mots touchèrent une corde sensible chez Sandy, mais elle décida de les ignorer. Ce qui l'inquiétait, pour l'instant, c'était que les enfants de son interlocuteur soient victimes de mauvais traitements répétés.

_ Parlez-moi de vos enfants, lui demanda-t-elle. Quel âge ont-ils ?
_ Vous changez de sujet.
_ Il s'agit de vous et de votre famille, pas de moi.
_ Bien sûr que si, il s'agit de vous. Vous expliquez à tous les habitants de Berlin comment élever leurs enfants,, alors on a bien le droit de savoir si vous, vous en avez élevé.

..... Mal à l'aise, Sandy changea de position sur son siège.

_ Tous mes conseils en matières d'éducation reposent sur des études et des recherches.
_ Etudier des enfants et en faire, ce n'est pas la même chose. Pour avoir le droit de donner son avis, il faut en avoir.
_ Si vous doutez de mes compétences, sachez que j'ai une licence de sciences de l'éducation, une double maîtrise de développement de la petite enfance et d'assistante sociale, et que je dirige le Centre de documentation des parents de Berlin depuis six ans.
_ Vous n'avez toujours pas répondu à ma question, alors je crois que j'ai mis dans le mille. Vous n'avez pas d'enfants, pas vrai ?

..... Elle était coincée.

_ Non, admit-elle à contre-c½ur, je n'en ai pas.
_ C'est bien ce que je pensais, déclara-t-il d'un ton suffisant. Vous n'avez pas à dire aux gens comment élever leurs enfants si vous ne voulez pas mettre vos belles paroles en pratique.
_ Ce n'est pas une question de volonté. Il se trouve que je ne suis pas marée.
_ Ca ne m'étonne pas. Avec un nom comme Sandy, vous êtes lesbienne.
_ Non !

..... Elle se rendit compte trop tard que sa réaction pouvait donner l'impression qu'elle condamnait les homosexuels.

_ Je ... je veux dire que je n'ai ... euh ... que je n'ai pas encore rencontrée l'homme de ma vie, bredouilla-t-elle.

..... Aussitôt, elle s'en voulut. Cela ne regardait pas ce crétin, et elle n'aurait pas dû laisser décontenancer.

_ Alors, vous aimez les hommes, hein ?

..... Cette information eu l'effet inattendu d'adoucir son interlocuteur.

_ Et vous ressemblez à quoi ? demanda-t-il. Ma s½ur a eu du mal à se caser aussi, jusqu'à ce qu'elle perde cinquante kilos et se décide à s'épiler la moustache.

..... De l'autre côté de la vitre insonorisée, Sandy vit Hank se plier en deux comme sous l'effet d'un spasme.

_ J 'ai un copain avec qui je pourrais vous arranger le coup, si vous n'êtes pas trop moche, ajouta l'homme.
_ Merci, mais je crains de devoir décliner votre proposition, répondit-elle. Revenons à vos enfants. Quel âge ont-ils ?
_ Dix-sept et dix-huit ans.

..... Elle poussa un soupir de soulagement.

_ J'imagine que cela veut dire que vous n'avez plus recours aux châtiments corporels.
_ Non, confirma-t-il avec une note de regret dans la voix, je ne peux plus les corriger. Ils sont tous les deux plus grands que moi maintenant, et ils pourraient me botter les fesses.

..... Elle espérait bien qu'ils ne s'en privaient pas ...

_ Eh bien, merci de votre appel, monsieur, dit-elle en appuyant sur un bouton rouge qui coupa la communication avec un clic des plus satisfaisants.
_ Discipliner leurs enfants est l'une des tâches les plus difficiles des parents, ajouta-t-elle dans le micro. Et c'est l'un des nombreux sujets sur lesquels vous pourrez trouver de l'aide auprès du Centre de documentation des parents. N'hésitez pas à nous appeler ou à passer nous voir au 1292, Prytania-Straße, pour recevoir une brochure gratuite sur l'éducation des enfants et une liste des cours que nous proposons aux parents.

..... En régie, Hank fit un cercle en l'air pour lui indiquer qu'elle devait conclure.

_ Nous allons marquer une pause, annonça-t-elle, mais je reviens dans quelques instants avec d'autres Paroles de parents. Si vous avez des questions concernant vos enfants, appelez-moi au 555 14 65.

..... Elle coupa son micro tandis que Hank lançait cinq minutes de publicité, puis se leva et se dirigea vers la régie, dont elle ouvrit la porte.

_ Merci pour le dernier appel, lança-t-elle froidement.
_ Hé ! protesta Hank avec un gloussement. C'était l'un des moins gratinés. Il y avait un femme qui voulait savoir si tu pouvais lui dire comment apprendre à son chat à aller sur le pot et une autre qui pensait que, comme l'émission s'appelle Paroles de parents, tu pourrais entrer en contact avec sa mère morte.
_ Et tu as résisté à l'envie de me les passer ? fit-elle en haussant un sourcil surpris.
_ Crois-moi, j'ai eu du mal, répliqua-t-il en souriant. Ce doit-être la pleine lune, vu le nombre de dingues qui appellent.

..... La ligne directe de Sandy sonna sur la console.

_ Dis bonjour à ta mère de ma part, ajouta Hank, dont le sourire s'élargit encore.

..... Sandy leva les yeux au ciel et referma al porte avant d'aller décrocher. Sa mère était la seule personne à l'appeler sur sa ligne directe, ce qu'elle faisait avec une exaspérante régularité lors de la pause au milieu de l'émission.
..... Elle se rassit et décrocha le téléphone.

_ Bonjour, maman.
_ Tu aurais dû accepter que cet homme te présente son ami, déclara Marie Stedquest sans préambule.


Seconde partie.


..... Sandy se massa le front pour lutter contre la migraine qu'elle sentait poindre.

_ J'espère que tu plaisantes.
_ Il faut que tu sortes, que tu rencontres des gens, Sandy.
_ Maman, tu ne peux pas souhaiter sincèrement que je fréquente un crétin pareil !
_ Ce n'est pas avec ton auditeur que serais sortie, ma chérie. Il voulait te faire rencontrer un ami.
_ Et tu crois qu'il y a des chances qu'il ait un ami dont tu veuilles pour père de tes petits-enfants ?
_ Eh bien, peut-être était-ce son médecin ou son dentiste, voire son avocat.
_ Un avocat commis d'office, alors.
_ Franchement, Sandy, tu ne sais pas qui tu aurais pu rencontrer. Il aurait pu te faire connaître quelqu'un de merveilleux.
_ Maman, ce type a mordu son propre enfant assez fort pour laisser la marque de ses dents ! Il a à peu près autant de chances de fréquenter quelqu'un de merveilleux que moi de gagner au loto.
_ Pour gagner au loto, il faut acheter un billet, répliqua sa mère. C'est pareil avec les hommes. Pour en rencontrer, il faut sortir, se mêler aux gens.
_ Je ne veux pas me mêler aux gens.
_ D'accord, d'accord. Mais tu ne peux pas te permettre d'être trop difficile. Tu ne rajeunis pas, ma chérie !

..... Comme si elle avait besoin qu'on lui rappelle ! Elle venait d'avoir trente et un ans, et le tic-tac de son horloge biologique résonnait comme celui d'une bombe à retardement. Elle adorait les enfants. Elle avait toujours rêvé d'en avoir un, ou même plusieurs. Le seul problème, c'était qu'avoir des enfants passait par une relation avec un homme. Et dans ce domaine elle était nulle.

_ Je viens de lire un article qui disait qu'après trente ans, la fertilité diminuait encore plus que les scientifiques ne le pensaient jusqu'à maintenant, poursuivit sa mère. Beaucoup de femmes qui ont remis à plus tard le moment de se ranger ont fini par le regretter.
_ Je ne remets rien à plus tard, maman, protesta Sandy.

..... Comment remettre à plus tard quelque chose qu'on ne contrôlait absolument pas ?

_ Tu n'aurais jamais dû laisser partir ce merveilleux Peter Marston.
_ Je ne l'ai pas laissé partir, maman. Il m'a quittée pour une autre.

..... Trois autres, en réalité, songea-t-elle avec amertume. Mais pourquoi compter ?

_ Eh bien, tu aurais au moins pu te battre pour le garder.
_ Et comment aurais-je dû m'y prendre ? En cassant la figure à l'autre fille ?
_ Bien sûr que non. Peut-être aurais-tu pu le complimenter un peu plus, faire en sorte qu'il se sente plus exceptionnel. Parfois tout ce qu'il faut à un homme pour changer de conduite, c'est l'amour et l'attention d'une femme.
_ Et parfois, un homme n'est qu'un crétin infidèle.

..... Un long soupir siffla dans l'appareil.

_ Si tu veux une famille, ma chérie, il va falloir que tu sois moins difficile. Encore le mois dernier, tu as refusé de sortir une seconde fois avec le neveu de Mme Anderson, ce que je ne comprends vraiment pas. Il était si charmant –et si beau ! Toutes les femmes seraient ravies de sortir avec un homme comme lui.

..... C'était bien là le problème. Le barmaid, la serveuse, la femme dans la petite robe rouge à la table voisine, toutes lui avaient fait les yeux doux, et il leur avait rendu la pareille. Il était exactement comme Peter, et comme tous les célibataires trop beaux pour être honnêtes.

_ Il n'avait pas envie de se ranger, maman. Les tombeurs dans son genre n'en n'ont jamais envie.
_ Ils ne sont pas tous comme cela. Regarde ton frère.

..... Son frère n'avait rien d'un tombeur, mais il était inutile de tenter d'en convaincre sa mère.

_ Dan est l'exception qui confirme la règle, dit-elle, diplomate.

_ Je pense quand même que tu aurais dû en faire plus pour montrer à Peter à quel point il comptait pour toi ...
_ Cela n'aurait servi à rien.
_ Comment peux-tu en être aussi sûre ?

..... Parce qu'il couchait avec trois autres femmes pendant qu'il couchait avec elle ! Ce souvenir lui serrait encore le c½ur. Plus de douleur, ni même de colère : ces deux émotions s'étaient estompées depuis deux ans qu'ils avaient rompu. Non, ce qui restait, c'était l'humiliation. Et le trou béant que cette histoire avait laissé dans sa confiance en soi, qui n'était déjà pas très solide avant. Elle avait eu beau perdre trente kilos six ans plus tôt, dans sa tête, elle restait la petite fille trop grosse dont les autres enfants se moquaient.

_ Laisse tomber, maman. C'est fini.
_ Ecoutes, ma chérie, je m'occupe du cocktail et du dîner pour un mariage, samedi. Une charmante réception chez les Westman. Tu devrais venir.

..... Sa mère avait créé une société de traiteur l'hiver précédent et, à la surprise de toute la famille, l'affaire avait démarré en trombe.

_ Tu oublies un petit détail, répondit-elle. Je ne suis pas invitée.
_ Ce n'est pas un problème. Tu peux être mon assistante.
_ Betsy a un problème ?
_ Non, non. Elle va très bien. Mais tu ne comprends pas, ma chérie. Tu ne travaillerais pas vraiment. Ce serait ta couverture.
_ Ma couverture ? Comme si j'étais un espionne ?
_ Pff, fit sa mère, agacée. Je veux dire que tu serais libre de circuler et de danser.
_ Tu sais que je n'aime pas danser.

..... C'était peu dire qu'elle n'aimait pas cela. Elle détestait danser. Cette seule idée faisait remonter à la surface des souvenirs si douloureux qu'elle en avait les mains moites et la nausée.

_ D'ailleurs, ajouta-t-elle, j'ai déjà des projets pour samedi soir.
_ Des projets, tu parles ! Aller garder les enfants de ton frère.
_ Il se trouve que j'adore les jumeaux et que cela ne me dérange pas de faire le trajet jusqu'à Leipzig. C'est bien que Dan et Casey puissent passer une soirée en tête à tête.
_ Je le sais, et je suis d'accord. Mais ils pourraient trouver un autre baby-sitter. Ton père, tiens. Dieu sait qu'il a besoin de s'occuper depuis qu'il est à la retraite, acheva-t-elle d'un ton où perçait l'exaspération.

..... Sandy fronça les sourcils, soucieuse. L'union de ses parents lui avait toujours semblé idéale. Cependant, depuis six mois que son père avait quitté son bureau de procureur pour prendre sa retraite, les choses avaient changé. Sa mère devenait de plus en plus critique, et son père, qui avait toujours été un homme calme, de plus en plus taciturne.

_ Comment va papa ? s'enquit-elle.
_ Il est acariâtre et toujours dans mes jambes. Je t'assure, il va me rendre folle.
_ Eh bien ... la retraite est un changement important. Il faut du temps pour s'adapter.
_ Oui, et je suis la seule à essayer de m'adapter, répliqua sa mère avec une amertume que Sandy ne lui avait jamais connue.
_ Sois patiente, lui conseilla-t-elle. Laisse faire le temps.

..... Elle leva la tête et vit Hank qui désignait sa montre de l'autre côté de la vitre.

_ En parlant de temps, il faut que je raccroche, maman.
_ Alors, tu viendras samedi ?
_ Non. Je ta l'ai dit, je garde les jumeaux.
_ Tu ne rencontreras jamais l'homme de ta vie si tu ne fais pas f'efforts !
_ Il faut que je te laisse. On se rappelle.

..... Elle raccrocha sans lui laisser le temps de protester. Elle savait que sa mère ne voulait que son bien, mais sa façon de revenir sans arrêt sur le sujet de son célibat avait quelque chose de déprimant. À l'entendre, il aurait fallu qu'elle traque les hommes comme un chasseur le gros gibier.
..... Quitte à être taxée d'incorrigible romantique, Sandy avait toujours cru que ce serait l'amour qui la trouverait, et non l'inverse. Elle pensait qu'il faisait partie d'une espèce de plan divin et que chaque être avait son âme s½ur qui apparaissait comme par miracle au moment venu.
..... Aujourd'hui, elle n'en était plus si sûre. Loin d'avoir rencontré l'homme de sa vie, le bon, elle était allée d'échec en échec.
..... Elle en avait assez. Elle préférait être seule qu'avec un homme en qui elle ne pouvait avoir confiance. Après le naufrage de sa dernière histoire, elle avait décidé de ne pas mettre de nouveau les mêmes erreurs. Elles s'était donc fixé trois règles.

..... Règles numéro un : [ prochain chapitre =D ]



# Posté le samedi 29 décembre 2007 16:39

Modifié le samedi 31 mai 2008 11:41

Hi ! =DD

Hello, le peuple =)

BONNE ANNEE !!!



Juste pour vous souhaiter une
Bonne Année,
& tout mes voeux !!!!!
=DDDD




Je ne suis pas là de toute la semaine, donc je ne pourrais pas mettre de suite avant la semaine prochaine, désolé... J'espère que vous passez de bonnes vacances, Merci pour tout, Bisous.


Anaïs.

# Posté le mardi 01 janvier 2008 15:43

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.....Règle numéro un : éviter les tombeurs. Désormais, elle refuserait de sortir avec un homme mieux qu'elle physiquement.

.....Règle numéro deux : éviter les hommes coutumiers des histoires sans lendemain. Un homme au passé fait d'aventures d'un soir et de brèves liaisons ne présentait pas les meilleures garanties pour un amour de toute une vie.

.....Règle numéro trois : si les paroles d'un homme n'étaient pas en rapport avec ses actes, croire ce qu'il faisait, pas ce qu'il disait.

.....Hank leva la main et commença le compte à rebours en repliant les doigts l'un après l'autre. Quand son auriculaire disparut, Sandy se pencha en avant et alluma le micro.

_ Bienvenue dans la deuxième partie de l'émission, Paroles de parents. J'attends vos questions sur l'éducation des enfants.
_ C'est Jan, annonça une voix haut perchée. J'ai appelée la semaine dernière pour savoir si je devais arrêter de travailler après la naissance de mon bébé.
_ Ah, oui ! Bonsoir, Jan. Je suis heureuse d'avoir de vos nouvelles. Avez-vous pris une décision ?
_ J'y réfléchis encore, mais je voulais vous dire que je me sens un peu trompée. Je pensais que vos conseils reposaient sur quelque chose que vous aviez vécue vous-même.

.....L'estomac de Sandy se noua.

_ Je... Je n'ai jamais prétendu parler par expérience personnelle. Ce que je vous dis, je l'ai appris lors de mes études et de mes recherches, ainsi que par mon travail au Centre de documentation des parents.
_ Ce n'est pas la même chose. Et vous m'avez donné un tas de statistiques, pas une vraie réponse. Si vous rencontriez vous-même ces problèmes, vous pourriez peut-être donner des conseils un peu plus utiles.

..... L'inquiétude s'empara de Sandy.

_ Il n'existe pas de solutions universelles. Ce qui me convient à moi, pourrait très bien ne pas vous convenir, à vous et à votre famille.
_ Ca, c'est vrai, parce que vous n'avez pas d'enfants. Je trouve qu'on ne devrait pas confier une émission sur l'éducation des enfants à quelqu'un qui n'en a pas.


..... Apparemment, le reste de la population de Berlin était du même avis. Quand Sandy coupa le micro, une demi-heure plus tard, elle n'avait jamais été aussi soulagée de voir son émission s'achevée.

_ Eh bien, ça a été ta fête, commenta Hank quand elle sortit du studio.
_ Tu peux le dire. J'avais l'impression d'être devenue leur punching-ball.
_ Bah, la controverse est bonne pour l'audience !
_ Pas si ma crédibilité est mise en cause. Je n'aurais jamais dû reconnaître que je n'avais pas d'enfants.
_ Tu étais coincée. Le typa ne t'a pas laissé le choix.

..... Sandy remonta la bandoulière de son sac en cuir noir sur l'épaule de son gros pull blanc.

_ Je ne vois pas pourquoi ils en font toute une histoire, observa-t-elle. Personne ne pense qu'un médecin doit avoir un cancer pour être capable de la soigner.
_ Enfant et cancer, en voilà une belle analogie, plaisanta Hank. Les deux coûtent cher, font mal, et il est difficile de s'en séparer.
_ Ce n'est pas ce que je veux dire, et tu le sais parfaitement, répliqua-t-elle. Les auditeurs ont réagi comme si je les avaient trahis.
_ Ils sont jaloux de toi : tu es libre comme l'air, alors que ce sont des pauvres parents qui soufrent.
_ Toi, tu as deux enfants et tu ne soufre pas, dit-elle.
_ C'est parce qu'ils ont quitté la maison.

..... Sandy secoua la tête avec un sourire entendu. Les deux enfants désormais adultes de Hank faisait sa fierté et sa joie. D'ailleurs, il la tenait au courant de leurs moindre faits et gestes.

_ Sérieusement, dit-elle, tu crois que cela va poser des problèmes ? La station risqe-t-elle d'arrêter mon émission ?
_ Non. Il leur faut un certain nombre d'émission de service public, et la tienne a une très bonne audience. Et maintenant file, ajouta-t-il en désignant la porte. Bonne semaine.

..... La semaine qui s'annonçait n'avait rien de très prometteur, songea Sandy en sortant du studio moderne et bien éclairé dans le couloir désert du vieux bâtiment. D'ailleurs, ni le mois ni l'année à venir n'avaient rien de très prometteur non plus. En fait, les chances qu'il lui arrive quelque chose de formidable étaient à peu près aussi faibles que la lumière de ce couloir.
..... Elle ne demandait pourtant pas la lune. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était se marier et fonder une famille avec un homme gentil, fiable et généreux. Hélas, tous ceux qui semblaient correspondre à cette description étaient déjà mariés avec des femmes gentilles, fiables et généreuses. Des femmes gentilles, fiables et généreuses qui, en plus, étaient minces, songea-t-elle. Un maigre avait profité de ce qu'elle était empêtrée dans son corps trop volumineux pour lui chiper l'homme de sa vie, elle en était sûre.
..... Peut-être était-il temps de passer au plan B, se dit-elle en montant dans l'ascenseur grinçant de l'immeuble vide. Au lieu de rechercher une relation romantique, elle oublierait les hommes et deviendrait une mère célibataire. Elle s'était promis que si, arrivée à trente-deux ans, elle n'était pas mariée ni fiancée, elle se tournerait vers l'insémination artificielle.
..... Ses parents piqueraient un crise, mais le temps qu'ils l'apprennent, il serait trop tard. Elle était certaine qu'ils finiraient par aimer son enfant, quelle que soit la façon dont il avait été conçu.
..... Elle réfléchissait encore à tout cela en sortant de chez St Peters Straße. Elle s'arrêta sous la lumière de l'entrée de l'immeuble pour chercher ses clés.
..... L'air frais de la nuit était chargé de l'odeur du fleuve et des vieux bâtiment. Une voiture à cheval passa devant elle.

_ Excusez-moi, lança une voix masculine au même moment.

..... Sandy leva les yeux, surprise, et vit un homme sortir d'une BMW arrêtée sur la zone de stationnement interdit de l'autre côté de la rue. Des hurlements de bébé s'échappaient de la voiture.
..... L'homme traversa la rue pour la rejoindre, le visage dans l'ombre.

_ Est-ce que, par hasard, vous seriez Sandy Stedquest ?

..... Un frisson de peur la parcourut. Elle savait pertinemment qu'on pouvait faire de mauvaises rencontres, surtout à une heure pareille. S'agissait-il d'un auditeur fou énervé qu'elle n'ait pas d'enfants ? Elle recula jusqu'à la porte de la station de radio, le c½ur battant. Hélas, elle s'était déjà refermée –et verrouillée- derrière elle.
..... Oh, non ! Et comme d'habitude, le vigile était Dieu sait où. Tout en s'efforçant de conserver un air détaché, elle tâtonna derrière elle, à la recherche de la sonnette. De toute façon, cela ne servirait à rien, se rappela-t-elle un peu tard. Elle ne retentissait qu'à la réception, déserte le dimanche soir.
..... L'homme se rapprochait. Elle ne voyait toujours pas son visage, mais sa stature était plutôt intimidante. Mince mais musclé, il devait approcher le mère quatre-vingt cinq. Elle inspira à fond et chercha une réponse qui lui permettrait de ne pas confirmer son identité, sans toute fois la nier.

_ Elle vous attend ? demanda-t-elle.
_ Non, mais j'espérais arriver avant qu'elle ne quitte la station. J'ai des problèmes avec ma fille et j'espérais qu'elle pourrait m'aider.

..... On entendait toujours le bébé hurler dans la voiture.
..... Certes, l'inconnu n'avait pas vraiment l'air d'un fou, mais elle préféra rester prudente.

_ Vous auriez dû appeler pendant l'émission, dit-elle.
_ J'ai essayé, mais la ligne était tout le temps occupée.

..... Il avança dans la lumière d'un réverbère. Elle découvrit qu'il devait avoir une petite trentaine d'années et qu'il était beau. Plus que beau, même ! Bref, le genre d'homme qu'elle s'était juré de fuir comme la peste.
..... Avec son air viril accentué par sa barbe naissante, ses épais sourcils noirs, on ne pouvait le qualifier de mignon. Cependant, son visage anguleux était éclairé par des yeux sombres très perçants.
..... Soudain, elle se rendit compte qu'il bougeait ses lèvres.

_ C'est vous n'est-ce pas ? disait-il. C'est vous, Sandy. Je sais parce que le bébé a arrêté de pleurer.
_ Pardon ?
_ Votre voix semble avoir un effet calmant sur ma fille.

..... En effet, les cris avaient cessé. Toutefois, Sandy préféra continuer à éluder la question de son identité.

_ Vous ne devriez pas laisser votre bébé seul dans la voiture, observa-t-elle.
_ Oh ... c'est vrai. Je ne suis pas encore très calé en paternité.

..... Il se hâta de retraverser la rue, ouvrit la portière arrière de la voiture, sortit le bébé de son siège auto et revint avec lui vers Sandy.

_ Je n'arrive pas à la calmer, expliqua-t-il comme le bébé recommençait à hurler.

..... Sandy n'avait jamais rien vu d'aussi pathétique que cette toute petite fille en pleurs. Elle avait le visage marbré de rouge et agitait violemment ses bras et ses jambes maigres. Une touffe de cheveux blond pâle collait au côté de son visage rond mouillés de larmes tandis qu'elle se d'ébattait pour garder la tête le plus loin possible de son père.
..... C'était l'image même de la détresse.
..... L'homme aussi, d'ailleurs, à y regarder de plus près. Une grande auréole s'étalait sur l'épaule de sa chemise blanche amidonné, dont le col mouillé se redressait d'un côté jusqu'à son oreille. Son pantalon, qui avait dû être élégant, était fripé et maculé de tâches blanches –sans doute du lait en poudre. Et à voir ses yeux cernés, il devait manger de sommeil.
..... Il tapotait maladroitement le dos du bébé et faisait son mieux pour le calmer, sans le moindre succès.

_ Ecoutez, fit-il, je suis désolé de vous aborder ainsi dans la rue, mais la situation est désespérée.

..... Il devait parler fort pour se faire entendre par-dessus les cris de sa fille.

_ Je m'appelle Tom Kaulitz, annonça-t-il, et voici Isabelle.

..... Il changea le bébé de bras pour tendre la main droite à Sandy . Lorsqu'il referma ses doigts forts, et chaud sur les siens, leur chaleur remonta tout le long de son bras en un brûlant frisson. « Du calme, ma fille, se morigéna-t-elle. Un homme avec un bébé de cet âge doit certainement être marié. »

_ Je n'arrive pas à faire cesser ses pleurs, poursuivit-il en changeant de nouveau le bébé de bras, mais quand elle a entendu votre voix à la radio, elle s'est soudain calmée. Alors, je me suis dit que vous pourriez peut-être m'aider.
_ Est-elle malade ? s'enquit-elle en posant la main sur le front d'Isabelle.

..... Elle le trouva frais, mais la petite fille recula brusquement, comme si ce contact lui faisait mal.

_ Non, répondit-il, pas physiquement. Elle soufre de troubles de l'attachement.
_ Elle n'arrive pas à former un lien avec les autres ?
_ Exactement. Vous connaissez ce problème ?
_ J'en ai entendu parler.

..... Que savait-elle des troubles de l'attachement ? se demanda Sandy en fouillant dans sa mémoire. Ah, oui ! Cela arrivait généralement aux enfants qui, bébés avaient été victimes de négligences, qui avaient été privés d'attention, qui n'avaient pas assez été pris dans les bras, ou touchés. Si ses souvenirs étaient bons, on rencontrait le plus souvent ce syndrome chez des enfants élevés dans des orphelinats étrangers dont le personnel n'avait pas conscience de l'importance des rapports humains.

_ Où est sa mère ? demanda-t-elle.
_ Elle est morte dans un accident de voiture.
_ Oh, quelle horreur !

..... Une vague de sympathie lui emplit le c½ur.
..... Tom Kaulitz s'approcha, suffisamment pour que la lumière du réverbère révèle à Sandy les brun doré de ses yeux.

_ Ecoutez, dit-il, je ne sais plus quoi faire. Ma nounou a démissionné pendant que j'étais au beau milieu d'un voyage d'affaire à Atlanta. J'ai dû annuler toutes mes réunions pour m'occuper d'Isabelle, qui n'a pas arrêté de pleurer. J'ai essayer tout ce qui m'est venu à l'esprit pour la calmer, mais rien n'a marché. En revenant de l'aéroport en voiture, je cherchais une station de musique pour tenter de l'apaiser quand je suis tombé sur votre émission. Votre voix a eu sur elle un effet incroyable, et vous aviez l'air de savoir de quoi vous parliez. Alors, je me suis dit ... . Enfin, j'espérais que vous pourriez m'aider.

..... Il avait un regard sombre, intense, persuasif. Même sans son bébé, c'était le genre d'homme à qui les femmes devaient avoir du mal à résister. Ce que le bon sens de Sandy lui dictait justement de faire.

_ Désolée, répondit-elle, mais je ne reçois pas de parents en dehors du Centre. Vous n'avez qu'à appeler demain matin pour prendre rendez-vous et ...
_ Je vous en prie ... J'ai besoin d'aide tout de suite.

..... Le bébé tourna son petit visage crispé vers elle, la bouche ouverte sur un hurlement pitoyable.

_ Quel genre d'aide recherchez-vous ?
_ Eh bien, pour commencer, elle n'a rien avaler depuis ce matin. Je n'arrive pas à lui faire accepter un biberon. Comme elle est trop maigre, le médecin dit qu'il faut qu'elle mange toutes les trois ou quatre heures. Etant donné que votre voix l'a calmée, je me suis dit que vous parviendriez peut-être à la faire s'alimenter un peu.

..... Elle n'aurait même pas dû envisager d'accepter. Rencontrer un auditeur de son émission en dehors du Centre de documentation des parents créait un précédent fâcheux. Mais comment résister au visage baigné de larmes de cette petite fille si malheureuse ?
..... Aussi malheureuse que son père au regard brun suppliant –ce qui était une autre histoire.

_ Je vous en prie, reprit-il. Nous pourrions aller au Café du Monde, il n'est qu'à deux rues d'ici.

..... Précédent fâcheux ou pas, Sandy ne pouvait en aucun cas refuser de nourrir un bébé affamé.

_ D'accord, répondit-elle. Je vais essayer de lui donner un biberon. Mais si vous avez encore besoin d'aide après cela, il faudra venir au Centre.





Bon ben voilà nouveau chapitre,
Comme vous le savez, demain rentrée u__u`
Mais je pense que je vais mettre les chapitres tous les week-ends,
Parce que déjà, ce chapitre j'ai mis presque toute mon après-midi... =@
Donc, voilà, Bisouuus,
Anaïs.

# Posté le dimanche 06 janvier 2008 15:53

Modifié le samedi 31 mai 2008 11:42

xXx-7-xXx




..... Une vague de soulagement submergea Tom. L'espace d'un instant, il avait cru qu'elle allait refuser. Or il ne savait si il pourrait supporter encore une heure les hurlements continu d'Isabelle.

_ Où est le biberon ? s'enquit Sandy.
_ Dans la voiture.
_ Je vais prendre Isabelle pendant que vous allez le chercher.

..... Tom haussa la voix pour couvrir les cris de sa fille.

_ Il faut que je vous prévienne : si il y a une chose qu'elle déteste encore plus d'être dans les bras de quelqu'un, c'est qu'on la passe à une autre personne. Elle risque de pleurer encore plus fort dès que je vous la donnerai.
_ Ce n'est pas grave, assura-t-elle.

..... Elle tendit les bras, et Tom lui passa Isabelle. Bien entendu, elle se raidit dès que Sandy la toucha et poussa un long hurlement perçant.
..... Sandy traversa la rue avec lui. Un homme moins responsable aurait sans doute été tenté de courir jusqu'à la voiture et de prendre la fuite. Hélas, Tom était l'être de plus responsable qu'il connût !
..... Responsable et capable d'affronter des situations stressantes tous les jours. Sauf qu'il n'avait jamais rien vécu d'aussi stressant que de s'occuper de ce bébé. Non seulement il ne dormait plus et Isabelle faisait preuve d'exigences constantes et acharnées, mais, et c'était sans doute le pire, elle lui donnait l'impression d'être totalement impuissant et incompétent. Il avait pour habitude de résoudre les problèmes, pas de les regarder empirer tel un imbécile incapable. Lessivé, il se sentait sur le point de craquer.
..... Au fond, peut-être avait-il déjà perdu les pédales. Sa présence ici semblait l'indiquer, en tout cas : en temps normal, il n'échafaudait pas des plans invraisemblables impliquant des inconnues. Mais plus rien n'était normal depuis qu'il avait pris la garde d'Isabelle. En moins d'une semaine, lui, l'homme des solutions, s'était retrouvé tellement dépassé et déborder qu'il n'était même plus certain d'identifier les problèmes.
..... Il avait essayé d'appeler Bill cette semaine, son frère jumeau, pour lui en parler. Mais il ne tombait que, sur ce fichu répondeur. Pourtant, il en avait bien besoin de cette aide, et lui, n'était même pas là, pour le réconforter.
..... Quand Isabelle s'était calmée en entendant la voix de Sandy, une idée génial lui était venue à l'esprit. D'accord, il avait toujours trouvé des solutions plutôt créatives à tous les problèmes, mais là, il s'était surpassé. Restait à convaincre Sandy...
..... Il ouvrit le coffre, sortit la poussette rose qui avait été livrée avec toutes les affaires d'Isabelle et la déplia sur le trottoir.
..... Sandy souleva la couverture rose et installa délicatement le bébé.

_ Là, ma chérie, fit-elle. Ca va. Je parie que tu as faim et que tu ne le sais même pas.

..... Isabelle se tut au milieu d'un hurlement et mit le poing dans sa bouche.

_ On dirait que tu as eu une dure journée, chantonna le jeune femme en bordant la couverture. Tu te sentira beaucoup mieux une fois que tu auras mangé quelque chose.

..... Tom sortit le sac à langer rose, passa la bandoulière sur son coup et referma le coffre. Puis il rattrapa Sandy, qui poussait la poussette sur le trottoir en continuant à parler doucement au bébé.

_ C'est incroyable ce qu'elle aime votre voix, remarqua-t-il.
_ Elle ressemble à celle de sa mère ?

..... Il hésita.

_ Peut-être. Je ne sais pas trop.
_ Comment cela, vous ne savez pas ? s'étonna-t-elle.
_ Je ne m'en souviens pas très bien, reconnu-t-il.

..... Elle fronça les sourcils.

_ Quel âge a Isabelle ? demanda-t-elle après un instant de réflexion.
_ Six mois.
_ Alors, votre femme ne peut pas être morte depuis si longtemps que cela.
_ Cela fait trois semaines, précisa-t-il tandis qu'ils s'arrêtaient à un feu. Et ce n'était pas ma femme, ajouta-t-il en lui jetant un regard de côté.
_ Désolée, fit-elle. Je croyais... Mais je ne devrais pas tirer de conclusions hâtives. Nous recevons beaucoup de parents célibataires au Centre.
_ Ce n'est pas grave, assura-t-il. Ma situation est quelque peu inhabituelle.
_ Je parie que j'ai déjà connu des cas similaires.
_ À votre place, je n'en serais pas si sûr.



..... À en juger par le regard incrédule que Sandy fixait sur lui par-dessus leur table à la terrasse du Café de Monde, elle n'avait jamais entendu de récit semblable à celui de la découverte soudaine de sa paternité.

_ Alors, jusqu'à ce que la police vous appelle, vous ne saviez pas que vous aviez un bébé ? répéta-t-elle, sidérée.
_ Absolument pas.

..... Il regarda Isabelle, qui tétait goulûment son biberon sur les genoux de Sandy. Il n'avait fallu que quelques minutes à la jeune femme pour la convaincre de manger, alors que Tom avait passé toute la journée à tenter de réaliser cet exploit, en vain.

_ La mère d'Isabelle ne vous l'a jamais dit lorsque vous vous parliez ? s'enquit-elle, perplexe.

..... Il se tortilla sur sa chaise. Il lui avait bien dit qu'il avait rencontré Ella aux sports d'hiver, mais il ne lui avait pas fait part des détails.

_ Hum... nous ne nous sommes jamais parlé après les vacances, avoua-t-il.

..... Sous le regard scrutateur de Sandy, il se sentait comme un insecte sous le microscope d'un entomologiste.

_ Pourquoi ? lui demanda-t-elle.

..... Oh non ! Il ne voyait pas comment l'expliquer sans que cela paraisse scabreux.

_ Eh bien... Ce qu'il y a, c'est que nous ne sommes pas restés en contact, bredouilla-t-il en s'absorbant dans la contemplation de sa tasse de café, ce qui ne l'empêcha pas de sentir son regard posé sur lui. Nous n'avions pas ce genre de relation.
_ Alors, quel genre de relation était-ce ?

..... À son ton froid, il devina qu'elle le savait parfaitement... et qu'elle n'approuvait pas. Ce qui n'avait rien d'étonnant. Selon Tom, il existait deux catégories de femmes : celles qui aimaient le sexe et celles qui n'aimaient pas cela. Les premières portaient du maquillage et des vêtements flatteurs pour séduire le sexe opposé. Les autres ne se donnaient pas cette peine. Avec son visage dénué de maquillage, ses cheveux tirés en arrière et ses vêtements informes, Sandy appartenait manifestement à la seconde catégorie.
..... C'était dommage, car elle était plutôt séduisante, dans un genre sobre et discret. Elle devait mesurer un mètre soixante-cinq. Il la devinait plutôt bien faite, mais il était difficile de discerner ses formes sous son pull trop large. Elle avait de grands yeux gris-bleu un peu écartées, un petit nez semé de taches de rousseur et une bouche pulpeuse et généreuse. Ses cheveux couleur de miel étaient attachés en un queue-de-cheval qui lui arrivait aux épaules. Décidément, sans être son genre, elle ne manquait pas de charme.
..... Quoi qu'il en soit, elle attendait qu'il s'explique sur sa relation avec Ella.
..... Il avala une gorgée de café au lait en regrettant que ce ne soit pas quelque chose de plus fort.

_ Ce n'était pas une relation sérieuse, avoua-t-il. C'était purement physique.
_ En d'autres termes, une aventure d'un soir, dit-elle d'une voix glaciale.

..... Aïe.

_ J'étais en vacances, j'avais vu quelques verres dont l'altitude amplifiait encore l'effet et...

..... Il avait horreur des gens qui tentaient de justifier leur comportement, or c'était justement ce qu'il était en train de faire.

_ Enfin, c'est arrivé, conclut-il d'un ton bourru.
_ Et ensuite, vous vous êtes contenté de dire : « Au revoir, ravi de vous avoir connue », et vous êtes rentré chez vous ?

..... Mlle Autorité Parentale le regardait à présent avec un profond mépris.

_ Non, protesta-t-il. Je lui ai donné ma carte de visite et je lui ai dit de m'appeler si jamais elle passait à Berlin.
_ Comme c'est gentil, répliqua-t-elle, sarcastique.
_ Elle pouvait me joindre si elle le voulait.
_ Alors, pourquoi ne l'a-t-elle pas fait ? Elle aurait au moins dû vous réclamer une pension alimentaire.
_ Elle n'en avait pas besoin. Son père lui avait légué beaucoup d'argent. En fait, à en croire son avocat, l'une des raisons pour lesquelles elle ne m'a pas appelé, c'est quelle avait peur que moi, je lui demande une pension.

..... Sandy regarda Isabelle, pensive.

_ Comment la police a-t-elle su qu'il fallait vous appeler ?
_ Ella avait laissé mon nom et mon numéro sur une liste de gens à prévenir en cas d'urgence. Et elle avait aussi inscrit mon nom sur le certificat de naissance. Je n'arrivais pas à croire que j'étais le père, mais le test ADN l'a confirmé.
_ Alors, vous l'avez depuis combien de temps ? demanda-t-elle en regardant le bébé, dont les paupières s'alourdissaient.
_ Six jours. Les six jours les plus longs de ma vie.
_ Et avant vous, qui s'occupait d'elle ?
_ Les services de protections de l'enfance d'Hamburg.
_ Elle y a passé combien de temps ?
_ Deux semaines.
_ C'est bien trop court pour provoquer des troubles de l'attachement, remarqua-t-elle en fronçant les sourcils.
_ Elle en souffrait déjà avant. Sa mère...

..... Tom s'interrompit. Il n'avait pas envie de dénigrer la mère de son enfant, pourtant il ne voyait pas comment expliquer la situation sans montrer Ella sous un jour défavorable.

_ Quoi ? demanda Sandy.
_ Eh bien, reprit-il. Hésitant, disons qu'elle n'avait pas un instinct maternel très développé.
_ Elle faisait preuve de négligence envers Isabelle ?
_ Je ne crois pas qu'on puisse vraiment parler de négligence. Elle s'arrangeait pour que quelqu'un s'occupe d'elle. En fait, toute une série de nounous. Malheureusement, aucune n'a tenu plus de deux ou trois semaines.
_ Pourquoi ?




# Posté le dimanche 13 janvier 2008 16:21

Modifié le samedi 31 mai 2008 11:43

xXx-8-xXx




_ Apparemment, Ella voulait qu'elles travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Il lui arrivait de partir en voyage et de les laisser seules avec Isabelle pendant plusieurs jours, sans repos. Si l'une d'elles se plaignait des horaires ou suggérait qu'Ella passe plus de temps avec le bébé, elle se faisait renvoyer.

..... Le regard de Sandy s'assombrit.

_ Elle n'a jamais essayer de s'occuper elle-même d'Isabelle ?
_ Pendant quelques jours mais, une fois passé l'attrait de la nouveauté, elle s'est vite lassée. Une semaine après l'accouchement, elle a laissée le bébé à une nounou pour aller faire une cure de thalasso d'une semaine à Munich.
_ Vous plaisantez ?
_ Non. Son principal souci, c'était de retrouver sa silhouette.
_ Comment une mère peut-elle abandonner son bébé comme cela ?
_ Elle ne devait pas voir cela comme un abandon. Elle faisait tout le nécessaire financièrement et, à ses yeux, cela suffisait. Je pense qu'elle a élevé Isabelle comme elle a été élevée.

..... Sandy regarda le bébé dans ses bras. Epuisée, la petite fille s'était endormie, ses lèvres minuscules encore serrées sur la tétine en caoutchouc. Elle lui retira le biberon, le c½ur gonflé de compassion. Pauvre petite ! Apparemment, elle avait été privée de tendresse bien avant la mort de sa mère.

_ Quand je suis allée chercher Isabelle, expliqua Tom, l'assistante sociale m'a dit qu'elle avait eu deux familles d'accueil en deux semaines. Les parents disaient qu'elle était difficile et qu'ils ne parvenaient pas à la faire manger.
_ On ne l'a pas emmenée chez le médecin ?
_ Si. Elle a subi toute une série de tests. Apparemment, tout allait bien. On a diagnostiqué ensuite un retard de croissance et des troubles de l'attachement. Il semble que le manque d'attention de sa mère et le changement continuel de nounou ne lui aient pas permis de former un lien solide avec quiconque.
_ Pauvre chou, murmura Sandy.
_ Le médecin chez qui je l'ai emmenée, ici, à Berlin, m'a affirmé qu'il était rare de voir des symptômes aussi prononcés chez un bébé de cet âge. En général, on ne diagnostique ces troubles que quand il est trop tard pour réagir.

..... Sandy hocha la tête. Cela rejoignait ses connaissances sur le sujet.

_ Vous a-t-il dit ce que vous deviez faire pour y remédier ?
_ Oui. Isabelle a besoin de quelqu'un qui soit avec elle toute la journée. Une personne extrêmement patiente, qui s'accrochera même si elle fait des caprices, des colères, même si elle la repousse.
_ En d'autres termes, quelqu'un qui l'aime.

..... Tom acquiesça.

_ Il faudrait en outre que cette personne reste plusieurs années. Sinon, Isabelle risque de se sentir de nouveau abandonnée et de se renfermer encore plus. Le problème, conclut-il après avoir marqué un pause, c'est qu'elle a besoin de quelqu'un vingt-quatre heures sur vingt-quatre et je ne peux pas m'arrêter de travailler à la maison avec elle.
_ Vous ne pouvez pas prendre un congé parentale ? Selon la loi ...

..... Il secoua la tête.

_ Cela ne me concerne pas. Je suis chef d'entreprise.
_ Que faites-vous ?
_ Je suis consultant en gestion de crise. Mon rôle est d'aider les entreprises en difficulté. Actuellement, j'arrive à la fin d'un contrat avec un fabricant d'ordinateurs et j'en commence un autre avec Allen Industries, ici, à Berlin. Les deux n'hésiteraient pas à me traîner en justice si j'arrêtais de travailler. De plus, se ces sociétés fermaient, des centaines de salariés perdraient leur emploi. Génial, non ? fit-il avec un sourire ironique. Mon métier est de résoudre les problèmes des autres, et je suis incapable de résoudre les miens.
_ Vous pourriez peut-être adapter votre emploi du temps pour vous occuper d'Isabelle tout en travaillant, suggéra-t-elle.

..... Il soupira.

_ J'ai essayé après le départ de la première nounou. Ca a été un fiasco total.
_ Que s'est-il passé ?
_ Elle criait si fort que je ne pouvais pas parler au téléphone, encore moins assister à une réunion. J'ai engagé une baby-sitter par le biais d'une agence spécialisée que j'ai trouvé dans les pages jaunes. En rentrant à la maison, je l'ai surprise en train de hurler des menaces à Isabelle.
_ Ô punaise !
_ Ca m'a vraiment fichu la trouille. Elle m'a dit que les hurlements d'Isabelle l'avaient fait craquer. Je n'ose même pas imaginer ce qu'elle aurait pu lui faire si j'étais rentré plus tard.
_ Grâce à Dieu, vous êtes arrivé à temps.
_ Oui. En tout cas, cela m'a rendu méfiant. Je ne veux plus faire appel à une simple baby-sitter. D'autant que la petite est vraiment difficile à nourrir. Elle a encore perdu du poids. Le médecin m'a prévenu : si elle perd encore un livre, il faudra l'hospitaliser pour l'alimenter par sonde.

..... Sandy avait la gorge serrée.

_ Il faut que je trouve une personne de confiance, et ce n'est pas facile.
_ En effet, il peut être difficile de trouver des gens pour s'occuper de bébés ayant des besoins particuliers et il est tout aussi difficile de les garder.
_ En effet, renchérit-il. J'ai déjà épuisé deux nounous. Mon assistante avait engagé la première avant que j'aille chercher Isabelle. Elle n'a pas tenu une journée avant de démissionner. La deuxième, je la croyais parfaite. C'était une infirmière pédiatrique libérale qui prétendait adorer les bébés et avait des tonnes de références.
_ Effectivement, ça paraît idéal.
_ Oui, confirma-t-il avec un soupir, sauf qu'elle est partie trois jours plus tard.
_ Pourquoi ?
_ Elle m'a dit qu'elle ne savait pas quoi faire d'un bébé qu'elle ne parvenait pas à consoler. Elle trouvait cela trop dur émotionnellement.

..... Sandy regarda le bébé. On aurait dit un petit ange endormi, les lèvres entrouvertes. Son souffle paisible lui chatouillait doucement le bras. Il était vraiment difficile de croire qu'un si petit être puisse causer tant de problèmes.

_ La situation est inextricable, poursuivit-il. Je ne peux pas avoir la certitude que la personne que j'engagerai restera, et il ne faut pas qu'Isabelle s'attache encore une fois à quelqu'un qui l'abandonnera.

..... Sandy réfléchissait.

_ Il faut que je trouve vite une solution, reprit-il, parce que ce qui est sûr, c'est qu'elle n'a pas l'air de s'attacher à moi. Elle est même de plus en plus agitée. Ce soir, le retour en avion a été un vrai cauchemar. Isabelle a hurlé pendant tout le voyage. À l'arrivée, tous les passagers semblaient prêts à me tuer. D'ailleurs, moi-même, je n'étais pas loin de me tuer.

..... Il prit sa tasse de café et but une autre gorgée.

_ Une fois dans la voiture, j'ai allumé la radio en me disant que, si la musique avait le pouvoir de calmer les bêtes sauvages, elle pourrait peut-être apaiser Isabelle. Rien n'a marché jusqu'à ce que je tombe sur votre émission. Et là, l'effet a été magique. Votre voix l'a littéralement fascinée.

..... Lorsqu'il plongea les yeux dans les siens, Sandy sentit son c½ur se mettre à battre la chamade. Seigneur, elle n'avait aucun mal à comprendre pourquoi Ella avait accepté d'avoir une aventure d'un soir avec lui.

_ Ce que vous avez dit m'a beaucoup plu, déclara-t-il. Vous avez l'air de vraiment aimer les enfants.
_ C'est le cas.
_ Ca se sent. Vous avez donné des conseils très intelligents. J'ai trouvé que vous vous débrouilliez très bien, même quand ces auditeurs vous ont reproché de ne pas avoir d'enfants. Alors, j'ai pensé que vous pouviez peut-être me sauver.

..... Incapable de réfléchir correctement sous le feu de ses yeux bruns perçants, Sandy se détourna pour regarder un serveur en tablier blanc apporter une assiette de beignets à la table voisine.

_ Désolée, fit-elle, mais je ne crois pas avoir de conseils à vous donner autres que ceux du médecin.
_ Oh, je ne voulais pas vous demander conseil, précisa Tom en posant sa tasse et en se penchant vers elle d'un air sérieux.

..... Elle commit l'erreur de croiser de nouveau son regard. « Attention problème en vue ! » lui criait une petite voix intérieure. Tout chez Tom Kaulitz trahissait l'homme à femme. Exactement le genre d'homme qu'elle s'était juré d'éviter.

_ Ce que je voulais vous demander ...

..... Il s'interrompit et toussota.

_ Oui ?
_ Eh bien, je voulais vous demander de m'épouser.




Va-t-elle accepter ?
Yes or No ? x)
Vous aimez toujours ?
Bisous, Anaïs.



P'tit bout de moi : x

# Posté le samedi 19 janvier 2008 13:40

Modifié le samedi 31 mai 2008 11:43